J’ai fait pas mal de techno-archéologie ces derniers jours. À force de persévérance, de complicité avec ChatGPT, d’efforts personnels et grâce à l’Internet Archive, j’ai réussi à exhumer la majeure partie de ma vie informatique, c’est-à-dire, finalement, la majeure partie de ma vie.
Si vous reconnaissez quelque chose dans tout ce que je vais vous présenter ici, n’hésitez pas à me contacter, je me souviens sûrement de vous 😊
Il est normal que certaines captures d’écran effectuées depuis l’Internet Archive aient un rendu incorrect ou partiel.
1988-1995 - Le premier âge d’or
Lorsque, en 1988, mes parents offrirent à ma sœur un ordinateur Amstrad CPC 464 pour l’aider dans ses études, personne ne s’imaginait que j’allais – plus ou moins discrètement – devenir la principale interface chaise-clavier de cet ordinateur. Lentement, mais sûrement, je m’immisçais de plus en plus, jusqu’à finalement en prendre totalement possession. J’avais alors 5 ans.
J’ai rapidement compris comment ça fonctionnait, et une chose me fascinait déjà : cette machine me permettrait de développer mes capacités créatrices. C’est exactement en ces mots que j’ai justifié, auprès de mes parents, le transfert de propriété entre ma sœur et moi.
Dans les archives, j’ai récemment trouvé un livre titré : “I.A. sur Amstrad CPC”, dont l’introduction parle déjà d’un ordinateur capable de battre un grand maître des échecs. C’était en 1986. Dix ans plus tard, Kasparov perdait face à Deep-Blue.
Cela devait être une époque étrange pour mes parents. Rétrospectivement, je réalise qu’en fin de compte, il n’y avait rien d’étrange à cela, et qu’encore aujourd’hui, je présente les mêmes symptômes. Il suffit que l’on m’initie à quelque chose qui m’intéresse pour que cela devienne un gouffre temporel et financier pour celui qui m’y a initié. Mais ça me rend tellement enthousiaste qu’on me pardonne !
Cela se traduisait ainsi : mon père me procurait régulièrement des nouveautés pour “mon” ordinateur. Il ne faisait pas cela pour me faire plaisir : il nourrissait le monstre (moi), peut-être sans s’en rendre compte. Dans le même temps, ma mère a vainement tenté de me dissuader de rester trop longtemps devant l’écran au risque de me cramer les yeux. Un argument tout à fait valable pour beaucoup d’enfants, mais pas pour moi.
Je me souviens d’un programme qui m’a donné beaucoup de fil à retordre. On n’avait pas encore de système de sauvegarde automatique lorsque l’on écrivait du code. En ce temps-là, on était à une combinaison de touche de perdre plusieurs heures de travail et des milliers de lignes de code, et ça m’est arrivé quatre fois de suite au cours de la même journée. Lors de ma dernière tentative, ma mère me dictait le code aussi patiemment que possible, mais la rage de rater mes lignes m’a poussé une ultime fois à réinitialiser la machine. J’en ai pleuré tellement c’était frustrant ! Mon père m’a ensuite emmené jouer au ballon pour me détendre, et le lendemain, je complétais le programme, seul, d’une traite.
J’écrivais mes propres programmes en BASIC exclusivement, et j’ai rarement essayé Logo ou le CP/M.
À l’époque, les programmes et les jeux s’enregistraient et se chargeaient depuis des cassettes, similaires aux cassettes audio. Il fallait plusieurs heures pour charger un programme, et la machine émettait des sons similaires à ceux d’un modem RTC !
Lorsque je voulais jouer à Batty! avec mon père, l’ordinateur était mobilisé dès l’après-midi pour que le jeu soit prêt à son retour du travail.
J’ignore si c’est moi ou lui qui perdit patience le plus vite, mais il a fini par mettre la main sur un CPC 6128 et son lecteur de disquettes qui nous a changé la vie. Comme ces machines avaient déjà quelques années, il était assez facile de mettre la main sur plein de disquettes, et même d’acheter des disquettes vierges encore neuves.
Mes parents avaient ouvert un restaurant et mon père avait installé un 6128 dans la cuisine pour que je puisse m’y occuper. Je jouais alors essentiellement à Skateball.
Rejouer à ces jeux dans mon navigateur aujourd’hui est assez grisant, et ravive plein de souvenirs. Merci à BZHGames de faire perdurer la mémoire !
Je jouais aussi à Mask et surtout à Nord et Sud, qui reste mon jeu préféré sur Amstrad.
Internet commençait à faire parler de lui à la fin de cette période. On pouvait trouver, dans un coin discret de certaines publicités dans les journaux papiers, les adresses des sites de grandes entreprises. J’avais commencé à les compiler dans un carnet, anticipant qu’un jour, Internet me serait accessible, et que je visiterais tous ces sites que j’avais répertoriés. Mais le nombre de ces adresses explosait, au point que je n’arrivais plus à suivre le rythme !
1995-2000 - Le deuxième âge d’or
Mon père et moi avons alors beaucoup bricolé au niveau du matériel : des 386, des 486, des Cyrix 6x86, des Pentium MMX, des K6 et des K6-2, des Athlon et des Duron ; des cartes graphiques en ISA, en PCI et en AGP, comme les Cirrus Logic, les S3 Trio, ViRGE puis Savage, et les GeForce 2 MX de chez nvidia ; et la mémoire, dont j’ai connu l’EDO avant la SDRAM. Je faisais alors tourner Windows 95, Windows NT 4.0, Windows 98, puis Millenium.
J’allais chez un ami dont le père, médecin, possédait une bête de course : un Pentium 133 quand je tournais encore sur des 486 recyclés (Marc, si tu te reconnais 👋).
On restait des heures à jouer sur cette machine à Lode Runner et Alerte Rouge (dont on bidouillait le RULES.ini à l’infini), auquel je jouais aussi avec mon père en réseau.
Notre abandon du CPC fut très progressif, d’abord parce que c’était une machine à laquelle on était attachés, et ensuite parce qu’on n’avait pas forcément les moyens d’être des early adopters. Néanmoins, mes parents faisaient ce qu’ils pouvaient : en quelques années, j’avais rattrapé mon retard technique que j’avais compensé en poussant chacune de mes machines au bout de ses capacités. Je maîtrisais parfaitement le matériel et le logiciel, mais j’avais un peu délaissé le développement.
Côté consoles, je possédais le Game Boy de Nintendo depuis quelques années déjà (mon père avait le sien et on jouait ensemble via le câble Link), et en 1996, pour Noël, j’ai reçu la PlayStation de Sony (dont j’avais découvert la cachette dans l’armoire de mon grand-père et légèrement décollé le papier-cadeau…).
Mes jeux préférés étaient alors la série des Command & Conquer, des Destruction Derby, et en 1998, Final Fantasy VII. Oui, il m’a fallu un an pour me décider…
C’était pour moi le meilleur jeu de toute l’histoire. Même quand le VIII et le IX sont sortis, je les finissais rapidement avant de revenir au VII. J’ai même acquis la version japonaise dans une boîte neuve, le guide Ultimania Omega, et autres goodies réservés aux fans les plus hardcore.
Entre 2000 et 2001, j’ai connu mon premier contact avec Internet : j’étais alors directement voisin du Best Coffee Shop basé au 12, quai des pêcheurs à Strasbourg, juste en face de mon ancien collège (Karim, si tu te souviens 👋). Je fréquentais les chats de Voilà et de Caramail.
C’est vers cette époque que j’organisais des LAN-parties dans le garage de mes parents : une soirée pour installer tout le matériel et configurer les ordinateurs pour le réseau, et une journée complète à jouer, formater, réinstaller, partager des trucs et astuces… Mon père jouait avec nous, et ma mère nous préparait des mauricettes. Mon “gang” était alors constitué de Laurent, Christophe et Alexandre (si vous vous reconnaissez, 👋).
2001-2004 - Mes débuts sur Internet
Pour mes 18 ans en 2001, j’ai reçu mon premier PC neuf : un Pentium 4 1.5GHz doté de 256M de RDRAM, et mon premier abonnement à Internet : chez Noos, par câble coaxial, avec un débit de 512kb/s et une limite en upload de 500Mo.
Du coup, j’accédais à MSN Communities depuis chez moi ; je fréquentais d’abord le salon Love Net PC avant de créer ma propre communauté en 2002 : Le Paradis Informatique (zaza, si tu te reconnais 👋).
J’ai quitté Noos pour aller brièvement chez Tiscali. J’avais commencé à m’intéresser à GNU/Linux du côté des serveurs, en particulier sous Debian 3.0, et je galérais à installer les pilotes du modem USB Sagem f@st 800 pour partager la connexion Internet. Christophe (si tu te reconnais 👋) n’a pas compté ses heures pour m’aider à le faire tourner…
Après Tiscali, je me suis installé chez free (chez qui je suis toujours), et sa Freebox v3 grâce à laquelle je bénéficiais enfin d’un Internet illimité à 8Mb/s, sans limite d’upload. L’ère des serveurs et des services auto-hébergés s’ouvrait enfin à moi (alternativement sous Windows Home Server 2003 et debian : quand j’en avais marre de l’un, je repassais à l’autre), en même temps que l’ère des MMORPG comme Guild Wars.
Cette ère a d’ailleurs marqué l’apparition de MSN Messenger qui, graduellement, allait supplanter MSN Chat.
En août 2004, vous avez pu me lire dans les colonnes de Presence-PC. Ce fut mon premier job dans l’informatique.
Vers la même période, j’avais repris le développement, et mes premiers sites et applications commençaient à apparaitre sur la toile. J’avais débuté avec PHP en créant un mod de webmail pour le moteur de forum phpBB dans sa version 2. Je regrette de ne pas l’avoir retrouvé dans les archives étant donné que ce projet avait été jugé trop complexe pour être réalisé ; pourtant, une semaine plus tard, je l’avais fait.
Peu après, au cours de la deuxième moitié de 2004, je me suis intéressé à la plateforme .Net de Microsoft, et C# en particulier. J’avais notamment créé Athaliasoft, pour “fédérer” mes projets, qui consistaient en :
- InstallManager, un outil visant à simplifier la procédure post-installation de Windows XP ;
- IsoCreator, permettant de créer des images ISO de Windows XP préconfigurées ;
- GlobalBrowser, une application de navigation tout-en-un (web + fichiers locaux) ;
- Et surtout, BookmarksManager, qui deviendrait plus tard Cyca (dont on va abondamment parler plus tard).
2005-2009 - Le Moyen-âge
L’année suivante, en l’absence de perspective professionnelle (on n’embauche pas ceux qui n’ont pas d’expérience ; c’est d’ailleurs une formule reprise actuellement par E. Leclerc dans certaines publicités TV), j’ai suivi une formation d’Analyste Programmeur, réalisée par correspondance via Educatel. D’un niveau équivalent au Bac+2, je l’ai terminée en 6 mois avec une moyenne générale de 18/20. C’était une excellente formation qui couvrait tout le socle de la conception (Merise) à la réalisation des applications et à leur support technique.
Malheureusement, ce diplôme ne m’a pas aidé à trouver un emploi. J’ai donc lancé un nouveau site, cette fois consacré à l’actualité des jeux-vidéo : Le Projet. Ce site a mal survécu à l’archivage, mais sa redécouverte a ranimé quelques bons souvenirs, notamment les différents outils que j’avais conçus pour la gestion du comparateur de prix et des actualités, et les quelques partenariats que j’ai conclus avec divers éditeurs.
En 2006, j’ai créé plusieurs articles sur la Wikipédia, dont Trident (le moteur de rendu d’Internet Explorer), et Visual C#.
J’ai aussi créé ou contribué à plusieurs autres pages consacrées à Final Fantasy VII. J’ai été injustement accusé de m’être contenté de traduire les versions anglaises de ces pages (alors que j’avais tout écrit de tête). Mes contributions ont depuis été supprimées.
J’ai alors lancé mon propre wiki consacré au jeu (intitulé “Les Archives de Final Fantasy VII”) qui, ironiquement, n’a pas été archivé et dont je n’ai gardé aucune copie. J’y avais rédigé plus de 500 pages de wiki entièrement consacrées au jeu. Faute d’audience, j’ai fermé le site.
En septembre 2006, j’ai rencontré ma future épouse, et je ne lui ai guère laissé de choix : je l’ai fait passer chez free et je l’ai convenablement équipée en matière d’informatique… Le mois suivant, sa mère m’offrait la possibilité de créer le premier site de son association à travers un contrat à durée déterminée. L’association ne pouvait pas m’offrir plus à l’époque.
J’ai ensuite effectué une formation de Développeur NTIC à l’AFPA que j’ai terminée avec une moyenne de 19/20. Cela a rapidement débouché sur une embauche à la CPAM. Mon chef m’appréciait, les différents services pour lesquels je créais des applications étaient satisfaits. J’aurais pu rester plus longtemps si mes collègues, qui aspiraient à la titularisation, ne m’avaient pas menacé de mort sous prétexte que je travaillais mieux qu’eux. Je suis parti au mois de mai.
J’ai aussi fait l’expérience des SSII, dont la réputation était déjà exécrable. J’étais embauché comme Analyste Programmeur, je me suis retrouvé à faire de la saisie de cotes pour des fenêtres. Je suis resté moins d’un mois.
J’ai créé mon entreprise, Athaliasoft, en 2008. J’avais alors créé deux nouvelles applications (YaWall, un outil de changement de wallpaper à destination des possesseurs de plusieurs écrans, et HWInventory, qui permettait de gérer une base de données de pièces détachées informatiques et de créer des configurations à partir de ces pièces). Je continuais aussi le développement de Cyca, toujours en C#, que j’ai fini par rendre disponible au téléchargement public, sans grand succès.
Je faisais (essayais de faire) du service informatique à domicile, du conseil à l’achat, des installations de matériel et du développement de sites web. Mais là encore, faute d’audience et de clients, j’ai arrêté mon activité, et supprimé définitivement le site et les applications.
Ma vie professionnelle ne s’améliorant pas en 2008, j’ai à nouveau tenté ma chance dans la pige. Entre 2008 et 2009, j’ai rédigé près de 300 actualités pour Génération NT qui a tout gardé en ligne. Si vous m’avez lu, 👋.
Je complétais les revenus de cette activité par un temps partiel en tant qu’informaticien dans l’association de ma belle-mère qui m’a réembauché pour deux ans à partir de 2009, toujours en CDD.
2010-2015 - De l’ascension à la chute
En 2010 et jusqu’en 2012, j’ai créé ingnu.fr, un blog un peu moins technique que d’habitude (quoique). C’était ma grande époque militante pour le Libre, pendant laquelle je détestais Apple et j’adorais WordPress. Comme quoi, les temps changent !
En même temps que mes autres activités, j’ai obtenu ma Certification Professionnelle à l’Administration GNU-Linux et aux Logiciels Libres, délivrée par l’École Ouverte Francophone en 2011. La même année, j’ai rencontré Richard Stallman aux RMLL de Strasbourg.
Entre 2011 et 2013, j’ai travaillé pour une entreprise parisienne, de laquelle j’ai été licencié pour motif économique (le patron détournait l’argent du Crédit Impôt Recherche dont il profitait pour mon embauche). La frustration de ce licenciement a été quelque peu dissipée par sa prime, grâce à laquelle je me suis offert un Alienware M17x-R4, équipé d’un CPU Intel Core i7 3630QM, 16G de mémoire, un écran 1920x1080 de 17 pouces, et une Radeon HD7970M. Un monstre.
Côté jeux-vidéo, je faisais mon entrée chez Steam : sur cette période, j’ai notamment acheté Civilization V et The Elders Scrolls V: Skyrim, qui font encore partie de mon top 10 des jeux auxquels j’ai le plus joué.
C’était aussi une époque d’idéalisme : en 2012, j’ai créé ODDNS, à partir d’une réflexion sur l’ouverture des TLDs. Cela m’a conduit à créer Odin, une première implémentation de mon idée, que je voyais comme une solution au potentiel problème de censure via DNS.
J’ai échangé à de nombreuses reprises avec Stallman à propos de ce projet. J’ai répondu à une interview sur Radio Ici Et Maintenant, j’ai eu droit à une actualité sur PCInpact et sur TorrentFreaks. C’était mon heure de gloire : le monde entier parlait d’ODDNS sur les réseaux sociaux.
Enfin, c’était une époque de désillusion : l’attention des “grands de ce monde” avait été attirée et, parmi eux, Stéphane Bortzmeyer, qui accuse ODDNS d’être un vaporware, en plus de m’insulter, de présumer de mes compétences et de falsifier mon discours dans le but de me décrédibiliser.
De fait, ODDNS s’est bien mué en vaporware. Ma réponse publique à son message est passée inaperçue en dehors de mon site, PCInpact a ignoré mes demandes de contact ultérieures (qui n’avaient plus rien à voir avec ODDNS), et j’ai arrêté toute activité. François, qui m’aidait alors dans le développement d’ODDNS, n’a pas du tout apprécié mon abandon : dans son dernier message, il me traitait de “connard”. Je ne lui en veux pas : il s’était investi dans ce projet, il avait confiance en mes capacités à le conduire jusqu’au bout, mais je n’ai pas su tenir tête à un seul et unique agresseur.
Revenir sur cette affaire me fait réaliser à quel point je me suis laissé abattre par une seule personne, ce qui m’a conduit à très mal gérer mes réponses. Si, jusqu’à présent, je supportais mal la relative invisibilité de mon existence sur Internet, j’ai fini par comprendre que je ne pouvais pas supporter du tout les attaques.
Suite à cette histoire, j’ai relativement disparu d’Internet. Je n’avais plus de site, je ne travaillais plus sur aucun projet personnel. J’ai changé mon identité publique, comme si c’était équivalent au formatage d’un disque dur pour installer un nouveau système d’exploitation. Internet me connaîtrait alors sous le nom de Richard DERN, acronyme de “nerd”.
En 2013, quelques mois après ces évènements, je me suis équipé d’un contrôleur de ventilateurs, le Bitfenix Recon, qui avait la particularité de pouvoir être piloté par USB, mais uniquement depuis Windows. J’ai développé un outil pour le piloter depuis debian via une interface web, mais je cherchais un moyen plus propre de le faire. Je suis alors tombé sur le projet Phoebetria grâce auquel j’ai rencontré Christopher, qui allait devenir mon meilleur ami pour les treize années à venir. C’est lui qui m’a initié à l’écosystème Apple.
Je continuais de travailler sur Cyca en parallèle, et j’ai même essayé une campagne de financement participatif sur Ulule, qui a été un échec total.
Alors qu’en 2013 j’étais encore hostile à Apple, et lassé de mes tentatives pour trouver une tablette qui me convienne, je me suis laissé convaincre par Christopher que l’iPad Air 2 me donnerait toute satisfaction. Et je m’en sers toujours, treize ans plus tard. L’année d’après, mon épouse s’est achetée un gigantesque iPhone 6S Plus, tandis que je m’équipais d’un MacBook Pro en remplacement de mon Alienware M17x-R4.
Mon leitmotiv était désormais le suivant :
J’ai passé le premier tiers de ma vie à bidouiller sous Windows.
J’ai passé le deuxième tiers de ma vie à bidouiller sous Linux.
Je vais passer le dernier tiers de ma vie à utiliser mon informatique avec Apple.
2015 à 2022 - La fin ?
En mars 2015, j’ai repris le développement de Cyca et publié un premier site uniquement dédié à l’application.
Une nouvelle opportunité se présentait alors pour travailler dans l’association de ma belle-mère, cette fois pour un CDI. Outre la mise à jour du site Internet de l’association, j’ai créé une application de gestion RH exhaustive, en collaboration avec mon épouse qui était en licence RH. Cette application était une réussite totale, facile à utiliser, puissante, performante, et le site public était moderne, esthétique, agréable à naviguer.
L’injustice professionnelle n’affecte pas que les entreprises : les associations aussi sont touchées. Ma belle-mère fut poussée vers la sortie, forcée à la retraite. Puis ce fut mon tour, en 2019, remplacé par trois petites jeunes sans le moindre talent technique, mais probablement douées dans d’autres domaines à même de satisfaire le nouveau patronat en place.
Comme à l’époque où je me suis fait licencier pour motif économique, j’ai compensé mon éjection abusive par l’achat d’un nouvel ordinateur. Cette fois, c’était mon Mac mini M1.
En parallèle, j’ai essayé de m’intégrer à plusieurs communautés, dont LinuxFr, où j’ai été pas mal chahuté (d’où le sous-titre de mon blog, “Opinions impopulaires”). Même scénario sur reddit, où la plupart de mes incursions se sont soldées par de cuisants échecs.
Alors, je me suis remis à travailler sur Cyca, dont j’ai mis à jour et maintenu le site jusqu’en 2020.
J’en ai fait la promo partout où j’ai pu (par exemple, ici, ou ici). Ce fut ma dernière tentative pour susciter l’intérêt pour mon application. J’ai mis à jour le code source par petites retouches çà et là pour mon usage personnel jusqu’en 2022, puis j’ai définitivement abandonné ce projet qui me suivait depuis plus de vingt ans, qui me servait de laboratoire vivant pour rester à la pointe de mon métier, mais qui, finalement, n’intéressait personne d’autre que moi.
Le 1er janvier 2021, j’ouvrais mon nouveau blog, celui que vous consultez actuellement. Un peu plus tard, je publiais mon premier livre, L’Humain, cette espèce primitive.
En avril, j’entrais dans une nouvelle entreprise où j’ai rencontré mon ami Olivier. Mais, comme d’habitude, cette expérience professionnelle s’est mal terminée pour moi. En décembre 2022, je suis entré en dépression ; dès lors, j’ai pris quelques distances avec l’informatique en général et le développement en particulier.
Conclusion
C’est une façon sans doute abrupte de conclure, mais à partir de 2023, mon histoire est celle que je raconte déjà dans ce blog. J’ai réaffecté mes ressources intellectuelles à d’autres choses que l’informatique, comme la microscopie ou la philosophie. J’ai publié mon deuxième livre, L’Anankéisme, et je suis en train d’écrire mon troisième, un roman de science-fiction.
Malgré mes objections initiales, l’Intelligence Artificielle fait partie de mon quotidien. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’elle me redonne envie de faire de l’informatique, mais j’y trouve mon compte. Pour autant, je n’envisage plus la possibilité de faire carrière dans le domaine qui m’a animé toutes ces années. J’espère désormais que mon troisième livre intéressera davantage que les deux premiers, assez en tout cas pour que je puisse en vivre.
J’espère aussi que, malgré le ton sombre imposé par les dernières années de cette rétrospective, j’ai pu susciter chez vous la nostalgie. Peut-être même que vous vous reconnaitrez dans certains passages, auquel cas je vous incite chaudement à me contacter !
Au final, cet article m’a permis de prendre la mesure de ce que mes parents, ma belle-mère et mon épouse ont fait et font encore pour moi. Mon diagnostic d’autisme réalisé en 2025 a rendu concrète une idée qui, jusque-là, me terrifiait : je ne suis pas “comme les autres”, et être à mon contact n’a dû être facile pour personne. Gérer ma passion, mon enthousiasme, ma volonté et ma persévérance n’a pas dû être de tout repos pour mes parents qui, pourtant, ont fait tout leur possible pour me contenter. Un travail encore permanent pour mon épouse qui est toujours à mes côtés : contrairement à d’autres, comme Christopher, elle a encore la force d’essuyer mes échecs avec moi.
Il est temps pour moi, à 42 ans, d’obtenir des victoires, aussi petites soient-elles, mais durables.
Richard Dern