La plupart des inventions de l’informatique moderne sont un aveu de notre oisiveté, notre manque de considération pour la plus grande invention de l’Homme, et notre formidable capacité à détruire ce que nous avons mis des années à bâtir. C’est assez inquiétant de voir à quel point nous sommes capables de faire tout et n’importe quoi.
Je ne sais même pas par quoi commencer. Si, commençons par ces pseudo-geeks, destructeurs des mondes. Ces codeurs fous, aliénés par l’argent, qui produisent des armes à destination des dictateurs du monde. Voilà un premier exemple concret et d’actualité qui plus est. Ces gens là constituent l’infanterie moderne, au service du Diable, d’El Chupacabra, du démon, de la Bête, nommez-le comme vous voulez. Ils n’en ont pas toujours conscience, aveuglés par le gain financier. Lobotomisés par l’argent, influencés par une entreprise qui leur fait les yeux doux en brandissant le carnet de chèque, ce sont pourtant des développeurs talentueux s’ils parviennent à développer des solutions capable d’écouter tout un pays. Pourquoi mettre ces capacités intellectuelles au profit d’une dictature, qu’elle soit politique ou financière ? Pourquoi ne pas préférer la mettre à contribution pour l’amélioration d’Internet plutôt que d’instrumentaliser sa décadence ? Avant de vous faire embaucher chez Amesys, réfléchissez à l’éthique. Si vous y êtes déjà, déposez votre démission et venez grossir les rangs des architectes du Nouvel Internet. Mais si vous tenez à y entrer ou y rester, n’oubliez jamais que vous aurez fait le pire choix de votre vie.
Autre exemple de la décadence de l’informatique : le cloud. J’en ai déjà parlé plusieurs fois, le cloud détruit l’informatique. Le cloud est fait pour que vous stockiez toutes vos données au même endroit, sur des serveurs que vous ne maîtrisez pas. Le cloud, c’est transformer les boîtes, packaging et collector des jeux-vidéos et des films en une série de 0 et de 1. Vous n’achetez plus de beaux emballages, de beaux coffrets que vous avez plaisir à exposer, vous achetez de l’information. Concernant plus spécifiquement les jeux vidéos, les constructeurs souhaitent notamment que les PC et les consoles ne soient plus des calculateurs. Ils veulent que le rendu se fasse sur leurs serveurs. Autrement dit, pour ces gens-là, l’avenir de l’informatique, c’est le minitel : un clavier, un écran et un réseau. Plus de course à la puissance, plus de personnalisation. Retour au bon vieux temps : la caverne et les signaux de fumée aussi, pourquoi pas.
Après le cloud, une nouvelle mode est en train de voir le jour : le big data. Globalement, ça consiste à créer la plus grosse base de données, le plus gros fichier unique. Il doit exister des challenges chez les pseudo-geeks qui s’ennuient. On passe notre temps à tout éclater en plusieurs fichiers : configuration, bases de données en cluster, bibliothèques logicielles, pour plus de clarté, de rigueur, et d’interopérabilité. Et là, subitement, la mode c’est le big data. On incite à a création de bases de données de moins en moins organisées. On incite au gaspillage de ressources. Exactement de la même façon que les framework ou les langages de programmation managés.
Il existe des langages de programmation qui ne reposent sur rien (ou presque) : C, C++. Et puis il y a les langages dit managés : Java, C#. Ces derniers sont des surcouches des premiers, schématiquement. On écrit dans un langage, qu’une machine virtuelle va traduire en langage de plus bas niveau. On gagne peut-être en syntaxe, mais on perd un temps fou en exécution.
Les framework quant à eux nous imposent une façon particulière de concevoir notre application. Ils peuvent également être vus comme une surcouche, puisque leur objectif est de simplifier le développement. En gros, ils transforment l’appel à une méthode qui requiert quatre arguments en une méthode qui n’en requiert que deux, et dont le nom est raccourci, parfois à la limite du ridicule. Tout ça pour économiser quelques secondes de développement au détriment de l’utilisateur final.
Le rapport entre langages managés, framework et big data ? La perte de la rigueur. Tout ça nous fait perdre notre rigueur. Déjà que la rigueur aujourd’hui consiste à “faire marcher”, même si le code est moche et que le mec qui va nous succéder risque le suicide en y plongeant à corps perdu. Si en plus l’application est écrite en Java et utilise un (ou des !) framework pour analyser des térabits de données, on court à la catastrophe. Alors qu’il suffit d’être rigoureux, faire du code propre, ne pas se presser. Réfléchir au lieu de glander sur YouTube et facebook.
En gros, tout est de la faute des pseudo-geeks, ces mecs qui savent coder mais branlent les mouches, qui savent gérer un réseau entier mais ont le bordel dans leur câblage parce qu’ils s’en foutent, qui ont un pouvoir entre les mains qu’ils ignorent mais qui sont aveuglés par l’argent. Ouvrez les yeux : vous détruisez l’informatique. Cessez d’exécuter les ordres de gens qui n’y connaissent rien, et qui font des tentatives qui ne visent pas à l’amélioration du monde mais le remplissage de leurs poches. Pas des vôtres.
Et arrêtez de faire honte aux geeks. On passe tous pour des glandus à cause de vous.
Richard Dern
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