Simple rappel : une infraction au droit d’auteur peut occasionner 300 000 euros d’amende pour les personnes physiques et 1 500 000 euros pour les personnes morales, et trois ans de prison. Un homicide involontaire “coûte” 45 000 euros et la même peine de prison. Les génies à grosse tête qui ont pondu ces chiffres estiment donc sans aucune ambiguïté que tuer un Homme est moins grave que de partager la culture. Ainsi, si ces personnes sont tellement enclines à protéger la culture plutôt que l’humain, pourquoi la verrouiller et la labelliser ? Pourquoi ne pas faire comme l’Homme a toujours fait, et ce qu’il lui a permis de devenir une “civilisation supérieure”, à savoir la partager, la diffuser au plus grand nombre ? Ben non, messieurs Vivendi, SACEM et compagnie en France ne veulent pas : ça ne remplit pas leurs poches. Bref, là, je n’apprends rien à personne. Moralité : tuez un SDF, ça vous coûtera moins cher que de partager la culture.
En revanche, comment ose-t-on parler de “droits” lorsque cela concerne des gens qui ne sont pas directement concernés par l’objet culturel ? Par exemple, comment peut-on dire qu’il existe encore des droits sur ce qu’ont fait Michael Jackson ou Elvis Presley ? Qui a des droits et pourquoi ? Pourquoi leurs enfants ont des droits sur ce qu’ont fait leurs parents ? C’est parfaitement insensé.
En ce qui me concerne, si j’avais un père producteur de films et une mère chanteuse, quel droit aurais-je de réclamer quoique ce soit sur leurs productions une fois décédés ? Je n’ai aucun droit : je n’ai en rien contribué à leur réussite ni même à la création de leur oeuvre. Ils en sont les “propriétaires” et en aucun cas je ne peux me prévaloir de ce titre, même si je suis de leur sang.
Alors, si de leur vivant, les artistes souhaitent verrouiller leurs oeuvres, soit, ils ont le droit de choisir de les publier ou non sous licence libre. Ils toucheront des “droits d’auteur”, comme prévu par la loi. Mais une fois qu’ils sont morts, leurs oeuvres doivent être rendues au domaine public. Il n’y a aucune raison pour que leurs successeurs aient un quelconque droit sur ces oeuvres.
A qui revient l’argent gagné aujourd’hui par la vente de disques de Michael Jackson, Amy Whinehouse ou Whitney Houston ? Question rhétorique, vous connaissez la réponse : entre autres, aux majors et aux successeurs. Autrement dit, les majors et les successeurs se frottent les mains lors du décès d’un artiste parce que généralement c’est à ce moment là que les plus fortes ventes ont lieu. La mort d’un artiste est un évènement à ne surtout pas manquer : il faut absolument sortir un album évènement, exclusif, même si l’artiste a déjà publié 17 best-of, pas grave, on en sort encore un. Et les gens se l’arrachent. Alors pourquoi ne pas le faire, après tout. On s’en fout de l’éthique, du moment qu’il y a un paquet de blé à se faire.
En cela, je compare l’industrie de la culture aux pompes funèbres. J’appelle ça le Commerce de la Mort.
D’autant que toute la carrière des artistes va dans ce sens. Quel artiste, appuyé par l’industrie du disque, n’a jamais touché à la drogue, ou à l’alcool ? Quel artiste ne s’est pas tué en moto ou dans un hélicoptère, ou dans un avion ? Mort d’un cancer, d’overdose, de suicide ? C’est à se demander si l’industrie de la culture ne pousse pas ces gens dans leurs derniers retranchements, jusqu’à l’extrême limite, et si les malheurs qui leur arrivent ne sont pas du fait même de cette industrie. Surtout que l’industrie les choisi, comme nos chaînes françaises choisissent les candidats pour les émissions de télé-réalité. Ils sont choisis pour leurs prédispositions, leur instabilité psychologique, leur propension à sombrer dans l’alcool ou la drogue.
Voyez les artistes Libres, vous verrez qu’ils sont plus sains. Ils n’ont pas été choisis, ils se sont fait tout seuls.
Je parle de la culture sous sa forme la plus abordable peut-être, puisque je parle de la musique. Mais ma réflexion est valable pour toute la culture : films, jeux vidéos, informatique, etc.
N’achetez plus de musique non Libre. Ne lisez plus de livres non Libres. Ne regardez plus de films non Libres. Ne jouez plus à des jeux non Libres. N’utilisez plus de logiciels non Libres.
Vous entretenez le Commerce de la Mort. Sauvez vos artistes préférés : incitez-les à publier sous licence Libre !
Richard Dern
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