Richard Dern

Vers la fin de l'occasion

Vers la fin de l'occasion

Je m’insurge depuis que ingnu a rouvert sur les lois liberticides qui affectent notamment Internet. Cependant, tant que ces lois ne concernent qu’Internet, à part les geeks, peu s’en émeuvent. L’inertie dont fait preuve le “commun des mortels “est à imputer probablement à trois causes: le manque d’intérêt, le manque de motivation pour délaisser des plateformes “qui marchent “pour des plateformes Libres qu’ils ne connaissent pas, et parce que ça n’affecte pas - encore - leur vie de tous les jours.

Cependant, plusieurs organisations (entreprises et État) conspirent pour tuer une liberté qui affecte tout le monde: la liberté d’acheter (et vendre) de l’occasion. En effet, qui n’a jamais acheté d’occasion? Moi-même qui suis généralement - et ça me coûte de le dire - un early-adopter, il m’est déjà arrivé d’acheter des jeux, des livres ou des films d’occasion.

Tout cela a - probablement - commencé avec l’avènement du Cloud.

Considéré à ses débuts comme un moyen pratique de se mettre à sa disposition ses données depuis n’importe où dans le monde, les entreprises ont commencé à y voir un moyen de contrôler ce que les gens font des données qui y sont stockées, et ce que les gens consomment comme services.

À travers le Cloud, et plus précisément les Software As Service (SaS), les entreprises ont habilement amené leurs clients à se passer de logiciel à installer sur leur propre machine (logiciel qui pouvait alors être piraté) pour opter pour une solution plus restrictive: leur proposer de payer pour utiliser un logiciel que cette entreprise elle-même héberge, sur un serveur chargé du traitement des données, tâche anciennement affectée à la machine sur laquelle ce logiciel était installé chez le client.

Exactement le même procédé que la VoD (Video on Demand): on n’achète plus la vidéo, on paye pour la regarder pendant 24h. Si on veut la revoir, il faut repayer.

Exactement le même procédé que la première génération de consoles de jeux connectées, où il faut mettre la main au portefeuille pour acheter des correctifs, des extensions, bien que le support CD (ou équivalent) était toujours disponible.

Exactement le même procédé, porté à un niveau jamais atteint, par Sony avec sa PSP Go. Plus de média physique, et par conséquent, plus moyen de le revendre.

Malheureusement, d’autres entreprises suivent. Et l’exemple le plus récent est la volonté de l’État de tuer le marché du film d’occasion. Et rien n’empêcherait les éditeurs de faire pression pour étendre leur emprise sur le marché du livre d’occasion.

L’occasion est un marché parallèle, libre ou presque. Les majors et éditeurs ne peuvent pas ponctionner les clients une deuxième fois lorsqu’un produit est revendu. La fin de l’occasion signifierait que les éditeurs pourraient vendre leurs produits plus chers - les gens seraient obligés d’acheter au prix fort - sans pour autant augmenter la valeur de ces produits, tout en tuant tout un pan de l’économie: les boutiques d’occasion payent des impôts comme toute entreprise.

Aujourd’hui, quand vous payer plus de cent euros pour un coffret Blu-ray avec des figurines, des livres collectors, des CD avec la bande originale, etc., vous en avez pour votre argent. La fin de l’occasion signifie forcément la distribution dématérialisée, et donc, la fin des coffrets collectors, ou même, la fin pure et simple du matériel.

Les implications sont abyssales: d’un côté, la dématérialisation du contenu signifie le traitement centralisé des données, donc les ordinateurs personnels n’auront plus d’intérêt à être puissants. Les passionnés n’auront donc plus accès à des processeurs ultra-performants, des cartes graphiques surpuissantes. Les PC ne deviendront plus que de simples terminaux voués à l’affichage, un peu comme un téléviseur. Tuer l’occasion, c’est tuer l’informatique.

C’est aussi tuer la valeur ajoutée, celle pour laquelle on décide de dépenser des sommes plus importantes que pour un objet classique, rare, ancien, disponible uniquement sur le marché de l’occasion parce que plus vendu, et donc, impossible à obtenir par d’autres moyens.

C’est tuer la créativité, car c’est réserver à une élite ayant les moyens d’acquérir de puissants serveurs et une bande passante coûteuse la possibilité de produire et diffuser de la culture.

De manière plus pragmatique, empêcher les gens d’acheter d’occasion, c’est réduire de manière significative leur pouvoir d’achat.

Je vais extrapoler et même un peu dévier du sujet, mais concrètement, d’une manière ou d’une autre, l’argent appartient à l’État. Quand vous êtes employés, l’argent que votre entreprise vous donne ne vient de nulle part ailleurs que de l’État. Les aides dont bénéficient certaines entreprises et certaines familles pauvres proviennent de l’État. En achetant, vous n’enrichissez pas un vendeur, vous ne faites que rendre cet argent à l’État, parce que ce vendeur paye des impôts, des taxes, et des fournisseurs, qui eux-mêmes payent des impôts et des taxes. L’argent passe ainsi de main en main jusqu’à retourner aux sources: dans les caisses de l’État. Autrement dit, d’une l’argent ne vous appartient pas, même si vous pleurez que vous l’avez gagné à la sueur de votre front, et de deux, l’argent n’a aucune valeur, ce n’est qu’un outil d’échange. Bref.

Avec les lois liberticides, la suppression des plateformes de téléchargement “illégales “et la promotion de plateformes légales, la suppression du marché de l’occasion, l’État ne cherche qu’une seule chose: supprimer un maximum d’intermédiaires possible. Moins il y a d’intermédiaires, plus d’argent sera récupéré. Et comme les plus riches sont ceux qui consomment le plus, ce sont eux aussi qui ramènent le plus d’argent à l’État. C’est la logique des “flux “financiers.

Mais qu’on soit geek, ouvrier, passionné de musique, fan de films, féru de lecture, tout ce que le gouvernement met en place nous concerne tous. C’est la suppression de notre patrimoine. En dématérialisant, on supprime notre patrimoine. On n’achète plus un coffret ou un livre, on achète des données numériques. Or, l’information, sous sa forme informatisée, ne peut s’acheter parce qu’elle se duplique aisément. L’information numérique doit rester libre, parce qu’elle ne peut pas être soumise à restrictions de part sa nature même. Mais personne (à part les chinois peut-être…) ne peut copier un coffret avec une figurine en résine numérotée, ou un album collector avec des photos inédites. C’est du matériel, c’est donc du patrimoine.

Alors, il faut lutter pour la conservation de notre patrimoine, il faut s’élever contre ces lois qui nous dépouillent tous!

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