Richard Dern

Ce que les gouvernements devraient proposer

Ce que les gouvernements devraient proposer

La culture et les médias changent, et je reprendrai les termes évoqués par beaucoup de gens y compris des politiciens, il faut que les ayants-droits s’en rendent compte. On nous y incite même, avec la VOD par exemple, accusée de tuer le marché de la location de films, alors qu’il ne s’agit que de la transformation d’un moyen de consommation. Exactement au même titre que l’informatique ne tue pas d’emplois, elle en créé de nouveaux, différents, mais tout aussi indispensables.

Ainsi, au lieu de faire fermer des sites tels que MegaUpload, nos gouvernements feraient mieux de s’en inspirer. Par ailleurs, sans les points que je vais évoquer ci-dessous, il y a peu de chances que l’offre légale soit préférée aux méthodes de téléchargement dites illégales. Enfin, bien qu’à mon sens la licence globale soit la moins pire des solutions, je pense qu’il ne faut forcer la main à personne. Alors voici mes recommandations pour une offre légale judicieuse, intelligente, et qui devrait avoir ses chances.

Offrir de la qualité

Les fichiers partagés illégalement sont de la plus haute qualité possible. Les films sont encapsulés dans du MKV sans perte ou au format ISO, la musique en FLAC ou en OGG. Les blu-ray sont proposés en 1080p, les séries dans la plus haute résolution disponible. Il est vital pour une offre légale de proposer du contenu de qualité, non compressé.

Par ailleurs, il est vital également que les majors sortent des blu-ray avec une bande son française en non-compressé. Il est scandaleux de mettre une bande son compressée sur un média comme le blu-ray.

Offrir de la quantité

Il ne servira à rien de proposer une offre légale si elle ne contient que des produits labellisés. Il faut donc oublier l’idée de ne vendre que du français, sous peine de voir les utilisateurs des services fuiter vers des solutions “illégales “à l’étranger.

Il faut donc proposer tout un panel de médias, aussi exotiques soient-ils. Du côté des films, oui, il faudra aussi proposer du porno ou bien de l’humour british. Du côté de la musique, il faudra offrir aussi bien du Justin Bieber que du Rammstein, des Beatles, du Sinatra, ou du Pavaroti.

Offrir du choix

Vu que tout le monde n’est pas équipé en HD, autant proposer aussi des films au format DVD. Et pour ceux qui n’ont pas une grosse connexion, il faut offrir du DivX. Et pour ceux qui n’aiment pas télécharger, il faut proposer du streaming. Il doit y avoir un choix réel et pertinent dans les formats de fichiers proposés.

Offrir un service rapide

A plusieurs niveaux d’ailleurs. D’une part, l’accès à l’offre légale doit être rapide et sans contrainte: saisir quatorze fois un CAPTCHA pour accéder à un album, après s’être créé un compte puis connecté, avoir confirmé qu’on a plus de 18 ans, etc. n’est pas tolérable. Quand on veux un film ou une musique, on la veut tout de suite, et généralement, anonymement.

D’autre part,il est intolérable d’avoir quinze minutes de publicités sur un film que l’on a acquis légalement, comme il est parfaitement intolérable de voir deux à cinq avertissements concernant l’interdiction de reproduire le film. D’abord parce que c’est inefficace (une fois ripé, ces avertissements n’existent plus) et d’autre part parce qu’on ne voit ces avertissements que sur des copies légales.

Pour offrir un service rapide, un investissement doit être effectué. Mais si les particuliers ayant ouvert MegaUpload ont été capables de dépenser 65 millions de dollars depuis 2005 pour leur hébergement et leur bande passante pour fournir un service rapide à leurs clients, cela ne devrait pas poser de problèmes à un gouvernement capable de dépenser 4 millions pour un site qui ne fonctionne pas, ou des dizaines de millions pour une loi liberticide.

Offrir un service gratuit

Il faut proposer aux utilisateurs un service gratuit. Les visiteurs occasionnels peuvent être bridés au niveau du débit ou du volume de téléchargement. Les visiteurs réguliers doivent pouvoir payer un abonnement leur permettant de s’affranchir de ces limites. Autrement dit, plus on consomme, plus on paye. C’est fair-play, ne nuit à personne, et n’empêche pas en plus de mettre en place de la publicité. Ça se monnaye, et plutôt bien même.

Éduquer

Je conclurai cet article sur l’importance de la plateforme légale en terme d’éducation, et pas que celle des internautes, mais aussi des artistes et des majors. Il est vital que les artistes qui n’ont pas encore compris l’intérêt de s’auto-produire soient informés des bénéfices apportés par cette solution. Par ailleurs, il est tout aussi vital pour les gouvernements d’informer les majors que les moyens de consommer la culture changent, et que c’est le partage de la culture et des connaissances qui a permis à notre civilisation de traverser les siècles, et que par conséquent, brider l’accès à la culture comme ils le font, c’est faire régresser notre civilisation.

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