Vous le constatez depuis l’ouverture de ce blog, je suis anti-Google et on peut se demander pourquoi. En réalité, je ne suis pas réellement anti-Google: je suis contre tout système capitaliste qui ordonne à ses clients ou utilisateurs comment consommer son bien ou son service. En effet, l’élément déclencheur de la réouverture de Ingnu a été le blocage de mon navigateur Web par Google+ et l’obligation d’utiliser Google Chrome (le navigateur de Google…) ou Firefox (avec qui Google a un partenariat), ce que j’ai jugé scandaleux.
Pendant longtemps, c’est Microsoft qui était la bête noire des Libristes. Elle l’est toujours d’ailleurs, mais leur cible est désormais les réseaux sociaux, tels que facebook. En ce qui me concerne, je pense que c’est secondaire. Il n’y a pas à se plaindre du manque de respect de la vie privée sur facebook: c’est un site créé pour étaler sa vie privée. Bien sûr, il y a le problème du stockage de cette vie privée, mais il appartient à chacun de savoir ce qu’il y met. Bref, je parlerai de ce sujet dans un autre billet.
Il en résulte que j’ai davantage d’intérêt pour le cas de Google pour le moment.
Google ne s’est pas contenté de phagocyter le marché des moteurs de recherche. L’entreprise a racheté beaucoup de sites Internet, dans de nombreux domaines. Vidéos, photos, mais aussi systèmes d’exploitation, navigateurs Web, science, cartographie.
[Mise à jour du 27 janvier]
Il semblerait que les domaines cités ci-dessous n’appartiennent pas ou plus à Google, comme en témoigne une simple requête
whois:
" Savez-vous par exemple que parmi la longue liste de domaines possédés par l’entreprise, on trouve notamment marsgoogle.com, jupitergoogle.com ou neptunegoogle.com, ce qui suggère qu’ils envisagent de coloniser et étendre leur emprise sur tout le système solaire? "
Merci à Somebody de m’avoir alerté à ce sujet!
[/Mise à jour]
Bien sûr, je tourne cela en ridicule, mais c’est symptomatique d’une envie croissante de pouvoir.
De manière plus pragmatique, si une entreprise avait le pouvoir de vie ou de mort sur Internet, ce serait bien Google. Poussée par les lobbys, rien n’empêche l’entreprise, sur un plan technique, de supprimer un site de ses bases de données. C’est déjà arrivé, et cela risque fort de se reproduire. Nous sommes loin, très loin, d’un Internet Libre, décentralisé, et non soumis à la corruption. Malheureusement, nous sommes tellement dépendants de Google (y compris les geeks), que nous n’envisageons pas la possibilité d’une existence sur Internet sans être référencé par leur moteur de recherche.
Un autre problème de vie privée causé par Google concerne les DNS. Avec son service de DNS ouverts au public, n’importe qui peut décider d’utiliser les DNS de Google plutôt que ceux de son fournisseur d’accès à Internet. En utilisant ce service, Google garde une trace de chaque site et de chaque page que vous visitez, de manière plus obscure encore que lorsque vous utilisez le moteur de recherche.
Vous aurez peut être constaté, en effet, que depuis plusieurs mois maintenant les liens issus d’une recherche sur Google pointent vers une page de redirection chez Google, avant de vous renvoyer sur le site que vous voulez visiter. Avant cela, les liens étaient bien ceux pointant directement vers la page désirée. Grâce à ce système, ils peuvent améliorer les résultats de futures recherches portant sur le même sujet. Premier problème: aucune communication n’a été faite à ce sujet (je veux dire, via une diffusion largement accessible à tous, comme par exemple un lien sur la page d’accueil permettant d’afficher les nouveautés du moteur). Deuxième problème: rien ne les empêche de stocker non seulement la recherche associée à la page sur laquelle vous avez cliqué, mais aussi votre adresse IP, votre adresse MAC et surtout associer le tout à votre compte Google (et a fortiori, GMail) si vous étiez connecté pendant la recherche.
Vous vous dites peut-être: " Oui je sais, et alors? “. Alors, les revenus publicitaires de Google s’élevaient à près de 23 milliards de dollars en 2009. En utilisant des méthodes qui me dérangent au plus haut point. Google a été critiqué lors de l’introduction des publicités dans GMail, son service de messagerie, parce que les messages transitant par leur service de messagerie étaient analysés pour proposer des publicités mieux ciblées. Et qu’est-ce qui a changé? Absolument rien. Il y a toujours des publicités ciblées dans GMail.
Ajoutez à cela que souvent, quand vous avez un compte GMail, vous utilisez le service iGoogle, pour avoir une page personnalisée. Peut-être même que vous avez activé le widget météo en spécifiant la ville où vous vous trouvez. Et vous avez également configuré cela sur votre terminal Android, qui, généralement, envoi votre position aux serveurs de Google pour encore augmenter la pertinence de vos recherches. Ce terminal est souvent sur vous, et vous vous en servez même chez vous. Dans la ville configurée dans le widget météo. Ville intégralement couverte par Street View.
Vous voyez où je veux en venir? C’est de l’extrapolation, mais techniquement, Google est en mesure de vous envoyer, chez vous, une personne destinée à vous vendre des produits et services, qui va vous dire: " Bonjour Madame, le 27 juin à 10h34 vous avez effectué une recherche portant sur le terme " chaussures " alors que vous vous trouviez dans le centre-ville de Lyon par temps de pluie. Nous avons déterminé que si vous avez envie de chaussures, vous êtes prête à sacrifier votre brushing que vous veniez juste de vous faire faire chez votre coiffeur habituel (dénommé X) situé aux coordonnées GPS xxx.xxxx xxx.xxxx. Je viens donc vous voir pour vous vendre ces parapluies Hello Kitty, parce que nous savons également que vous en êtes fan, vu que vous avez acheté des strings de la marque auprès du VPCiste La Redoute le 12 février.Non? Pas intéressée? Puis-je dans ce cas vous proposez un flyer dans lequel vous trouverez des informations portant sur la prochaine réunion des Alcooliques Anonymes dans votre région, et que le numéro pour les femmes battues et en détresse est le 0……… Ah et au passage, l’itinéraire que vous avez emprunté ne correspond pas aux itinéraires que nous avons dans notre base de données. Si vous souhaitez continuer à profiter des services du coiffeur X, nous vous demandons de bien vouloir passer par la rue X. Dans le cas contraire, il se pourrait qu’il oublie de sécher vos cheveux lors de votre prochaine envie de brushing. “.
Oui. Google est parfaitement en mesure de le faire, sur le plan technique. Bien plus facilement que Microsoft qu’on a diabolisé pendant des années.
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Richard Dern
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