The Marvelous Mrs. Maisel La Fabuleuse Madame Maisel

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  1. En résumé
  2. Contexte
  3. Personnages
  4. Scénario
  5. Avertissements sur le contenu
  6. Photographie
  7. Bande son
  8. Conclusion

En résumé

Je m’attendais à passer un bon moment, mais je ne m’attendais pas à être accroc !

Contexte

La série suit Midge Maisel, jeune femme juive de l’Upper West Side à la fin des années 50, mariée, deux enfants, dans ses pérégrinations dans le stand-up.

Personnages

Dur de ne pas s’attarder sur un tel casting. Mrs Maisel offre un panel de personnages hauts en couleurs, attachants et réalistes. Tous ou presque sont délicieusement clichés, stéréotypes convaincants et inspirés, auxquels des acteurs tout simplement parfaits prêtent leurs traits.

À commencer par son héroïne, jouée par Rachel Brosnahan, qui incarne à merveille la housewife américaine des années 50-60. Son dynamisme et son assurance n’ont d’égal que sa beauté et sa sophistication. Charmante et charmeuse, distinguée et maniérée, elle rappelle sans mal une certaine Bree van de Kamp dans Desperate Housewives, mais brune et après-guerre. Presqu’inébranlable, hyperactive, inépuisable, elle n’en est pas moins touchante ; elle affronte tout ce que la Vie lui jette tout en restant droite, la tête haute et les yeux ouverts (parfois naïfs, mais ouverts tout de même). C’est une icône, évidemment : la série rappelle constamment l’état des rapports sociaux de l’époque, particulièrement entre hommes et femmes (ce qui permet de comparer avec leur état actuel, toute fictionnelle que soit cette série), offrant à la fois une voix et des prétextes à des discours féministes distillés avec intelligence et pertinence.

Ses parents - positivement omniprésents - sont incarnés par Tony Shalhoub (Monk) et Marin Hinkle. Lui est un brillant professeur de mathématiques, elle est une femme au foyer classe et distinguée. Stéréotypes des parents juifs, ils sont possessifs et protecteurs, mais toujours généreux envers Midge, ce qui les rend très, très attachants. Je suis pris d’une affection particulière pour Rose, malgré son intérêt pour les diseuses de bonne aventure : elle a beau être une femme au foyer, élégante et raffinée à toute heure du jour ou de la nuit (ce qu’elle a d’ailleurs transmis à sa fille), elle n’est pas complètement soumise pour autant. Et mon affection pour son mari n’est pas étrangère à sa compréhension et son soutient indéfectible à son épouse et à sa fille.

Michael Zegen joue le futur ex-mari de Midge. Le cas de ce personnage est intéressant : certes, dans l’épisode pilote, on apprend qu’il souhaite rompre avec Midge et qu’il a eu une aventure avec sa secrétaire. Mais, loin du cliché du mari infidèle habituellement servi, stupidement égotiste, Joel Maisel s’avère être un personnage plus travaillé que ça. On en viendrait presque à lui pardonner son écart initial, mais je n’en dirai pas plus pour ne pas gâcher la surprise (la votre comme la mienne, étant donné que je n’ai pas encore terminé la série à l’écriture de ces lignes). En tous les cas, Michael Zegen convainc dans le rôle de Joel Maisel.

Susie Myerson devient rapidement l’agent de Midge. Alex Borstein donne vie à ce personnage, diamétralement opposé à Midge. Susie est pauvre, “mal” habillée, n’a aucune classe ni aucune distinction. Sous ses airs de “garçon manqué” se cache pourtant un manager au grand coeur, qui va entrer dans la vie de Midge et réciproquement. Un choc des cultures habilement mené, drôle mais aussi émouvant, parfois et malgré l’apparente fermeture émotionnelle de Susie.

Il y a encore beaucoup d’autres actrices et acteurs présents dans la série mais aussi injuste que cela soit, je me contenterai de ces présentations.

Scénario

Qu’il est bon de se tenir éloigné des intrigues, complots et autres assassinats, à qui les grosses séries des deux dernières décennies font la part belle… Qu’il est bon, aussi, d’éviter les séries stupidement drôles, qui ne font rire que pour le prétexte de rire, sans la moindre petite réflexion, même cachée.

Le scénario de Mrs Maisel réussi ce qui semble être un équilibre précaire entre le réalisme et l’humour, et qui s’offre en plus le luxe de se rajouter des difficultés. Car, non contente de proposer un pitch original sans être absurde, la série transcende des sujets aussi épineux que le féminisme donc, spécifiquement dans le stand-up mais aussi dans la société en général, tout en dépeignant des personnages masculins de façon beaucoup moins négative que d’habitude. Le message féministe diffusé par la série n’en est que renforcé.

Je sais que j’en parle beaucoup, mais il ne faudrait pas réduire Mrs Maisel à une simple comédie féministe. Effectivement, il est question de la place des femmes dans la société, mais c’est avant tout l’histoire d’une jeune femme qui tente de percer dans l’art du stand-up et de l’humour, tout en gérant les autres aspects de sa vie, et notamment sa situation personnelle, tiraillée entre son mari, ses parents, ses enfants et ses amis. En fait, c’est une série sur les super-pouvoirs des femmes : ce travail qu’elles n’ont pas dans une entreprise, elles l’ont au dehors, à la maison, au sein-même de la famille, et parfois au-delà, en devenant amies, confidentes, épongeant les malheurs des autres, psychologue de pilier de bar (logiquement, en tant qu’humoriste débutant une carrière). La main sur le coeur, altruiste, chrétienne - si j’ose dire, toute scène avec un tempo élevé donne à voir une Midge Maisel dans son élément : le stress l’alimente, et la transforme en une authentique Wonder-Woman, capable de tout gérer sans mauvaise contrepartie, ou presque, devenant de fait un modèle pour toute les autres femmes, de la fiction mais aussi chez les spectatrices, qui doivent se sentir inspirées par un personnage aussi charismatique et entraînant.

L’écriture est à la hauteur du reste : brillante. Rien n’est jamais insipide ; pourtant, rien ne paraît complètement absurde. La surenchère de situations comiques n’a que le prétexte de la naïveté de Midge, due à son intronisation dans les couches plus basses de la société qu’elle n’a pas l’habitude de fréquenter. Et cette “surenchère” est constamment pondérée par des situations plus sérieuses, sans toutefois tomber dans la tragédie la plus sombre. Cet équilibre rend la série agréable à regarder, et on enchaîne les épisodes avec gourmandise.

Avertissements sur le contenu

J’ai trouvé les avertissements sur le contenu quelque peu exagérés, mais peut-être que mes sensibilités sont moindres que celles du public actuel.

La nudité est très occasionnelle (“inévitable” dans l’épisode pilote pour appâter, rare dans le reste de la série, mais pour une fois mesdames pourront aussi se régaler) et ne donne pas l’impression d’être nécessaire à garder l’intérêt du public pour la série. Point ici de scènes inutilement explicites : ce n’est pas une série pour se rincer l’oeil. À mon sens, et ça vaut ce que ça vaut venant d’un homme hétérosexuel, il n’y a pas de sexualisation abusive, seulement des élégances (différentes selon les personnages) dont seules les femmes sont capables.

Ceci dit, il est vrai que le langage est souvent discordant avec la classe inhérente au personnage de Midge : c’est d’ailleurs un élément comique presque central. Mais là encore, ce ressort n’est pas abusivement utilisé. Les jurons sont aussi naturels qu’ils peuvent l’être. À mon sens, la classification de la série (jusqu’à l’interdiction aux moins de 18 ans sur certains épisodes) est, sur ce point aussi, très sévère.

En revanche, et c’est probablement la raison principale de cette classification, les différents protagonistes passent leur temps à fumer (parfois pas que du tabac) et à boire de l’alcool. Ça me semble historiquement cohérent (après la Prohibition jusqu’en 1933 puis la guerre mondiale), et dans un monde idéal, il n’y aurait pas besoin d’avertissement sur un contenu qui cherche à dépeindre avec authenticité une société humaine dans un contexte donné. Mais, la société étant ce qu’elle est, chaque épisode est précédé de son lot d’avertissements pour consommation de drogues ou d’alcool, de violence ou de scènes à caractère sexuel. Pour autant, Mrs Maisel n’a rien d’un Breaking Bad, d’un The Walking Dead ou d’un Game of Thrones, respectivement.

Photographie

Wow. Simplement, wow. Moi qui suis très friand de l’après-guerre aux États-Unis, je suis servi. Une autre série me vient à l’esprit pour évoquer mon sentiment face à la photographie de Mrs Maisel : Stranger Things. C’est comparer les torchons et les serviettes, mais Stranger Things m’a marqué par l’attachement à une représentation fidèle des années 1980. Mrs Maisel se déroule indubitablement à la fin des années 50, avec un soucis du détail extraordinaire. Je me suis même demandé combien de vieilles voitures d’époque ils avaient retrouvé et recyclé pour les besoins de la série. Que l’on parle des véhicules, de l’architecture, des costumes, tout est figé dans le temps, et c’est un régal pour les yeux.

Je digresse par rapport à la photographie, mais cette fidélité se retrouve également dans tous les aspects sociaux abordés dans la série, aussi bien dans les rapports entre genres que dans le management d’entreprise. En fait, photographie et rapports sociaux se renforcent mutuellement dans Mrs Maisel pour donner une illusion cohérente et réaliste du New York post-1950. Le résultat est brillant, envoûtant, plus que tout ce que j’ai pu voir jusqu’à présent sur ce contexte.

Bande son

Là encore, un travail extraordinaire a été fourni. Je n’apprécie pas particulièrement ces années-là sur le plan musical, mais je reconnais une sélection riche, intelligente, pertinente et parfaitement orchestrée. La musique donne de l’entrain, achemine le spectateur d’histoires en histoires, en le faisant passer par des détours souvent humoristiques (puisque c’est le thème de la série) et, occasionnellement, mélancoliques. Une fois de plus, carton plein pour Mrs Maisel.

Conclusion

Avec Mrs Maisel, j’ai voulu sortir de ma zone de confort. Las des productions actuelles, soit sans ambition soit trop ambitieuses, j’ai voulu essayer quelque chose de nouveau, de différent. Et je ne regrette pas de m’être laissé tenter.

Je prends beaucoup de plaisir à revoir des séries vieilles de dix à vingt ans, voire davantage encore : She’s the Boss (Madame est servie) ou The Nanny (Une nounou d’enfer) par exemple, que je trouve similaires dans leur construction, dans la mesure où, comme Mrs Maisel, tout est affaire d’équilibre entre comique et drama, dans une ambiance particulière, chaleureuse, positive, et où les accidents de la vie sont de simples dos d’âne sur le parcours des protagonistes. De bonnes séries familiales, qui offrent un bon moment, qui donnent envie de se faire une tisane avec des gâteaux, emmitouflés sous la couette quand il fait froid dehors.

Plus tard, il y avait Friends, et The Big Bang Theory, mais dans des registres très différents. Je reviens toujours à ces séries avec grand plaisir, mais la construction de la narration est différente, l’ambience n’est pas du tout la même, et la proximité temporelle de ces séries avec ma propre vie ne m’offre pas le même regard sur elles que celui que j’ai sur les séries plus anciennes. Ces séries là, aussi excellentes qu’elles puissent être, ne me donnent pas envie de cocooning.

Et c’est là le dernier coup de maître de Mrs Maisel : c’est peut-être le chaînon qui manquait à mon calendrier des vingt prochaines années. Je pense que dans vingt ans, je retrouverai le même plaisir à regarder Mrs Maisel que j’en ai eu à regarder The Nanny vingt ans après l’avoir vue pour la première fois. Avec la même envie de tisane et gâteaux sous des plaids polaires devant la cheminée.

Assurément l’une de mes séries préférées de la décennie !